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Dans la coupe de la motte, les vestiges apparaissent
Dans la coupe de la motte, les vestiges apparaissent
SADIL©
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  • La motte castrale de Betz-le-Château livre un peu de son histoire
La construction d'un parking à Betz-le-Château en 1961 a entamé une partie des vestiges de la motte castrale conservée derrière l'église. Les travaux ont été d'ampleur et ont créé des coupes, pouvant atteindre 6 m de haut, qui sont restées sans protection. Cinquante ans après, les risques d'éboulement menacent et la mairie a entrepris la construction d'un mur de protection. Un diagnostic a donc été décidé à cette occasion, réalisé par le SADIL.
À cette occasion, la stratigraphie et les vestiges, mis au jour en 1961 lors du décaissement d'une partie de la motte, ont pu être étudiés. Il a été ainsi possible de restituer le plan général de la motte et des enceintes qui l'entouraient, et de dater précisément ce dispositif et son abandon.
La motte castrale est un système de fortification médiéval fait de terre et de bois qui se compose d'un tertre, au sommet duquel on trouvait une tour (en général en bois) entourée d'une palissade. Elle assurait une fonction de guet et de défense, tout en manifestant la puissance du seigneur. En contrebas, dans ce qu'on appelait la « basse-cour », se trouvaient les habitations et les bâtiments nécessaires à la vie quotidienne d'un domaine rural. Si le diagnostic n'a pas permis de retrouver les bâtiments, il a mis en évidence sept silos creusés dans le sol, qui indique qu'une zone de la basse-cour était consacrée au stockage de denrées alimentaires. À leur abandon, ils ont servi de dépotoir, et c'est ainsi que l'un d'eux contenait une houe et un pic en fer.
L'ensemble était entouré par des remblais et des fossés défensifs. À Betz, une deuxième enceinte entourait également l'église. La motte était située à l'entrée de l'éperon, barrant l'accès vers le village, construit à l'extrémité.
Ce dispositif n'a pas duré longtemps, sans doute pas plus d'une génération. Les indices donnés par la céramique retrouvée et les outils en fers mentionnés ci-dessus montrent que sa construction et son abandon ont eu lieu dans la première moitié du 11ème siècle. Elle pourrait avoir été l'oeuvre de Gilles de Betz, premier seigneur connu du village, et son abandon serait lié à la mort de ce seigneur en 1037. Par la suite, ses descendants se seraient installés en contrebas de l'éperon, dans un château qui contrôle plus directement la route à son passage sur la rivière. C'est ce château dont des bâtiments sont toujours visibles.
Ce qui est le plus étonnant, c'est que l'emplacement de la motte castrale n'a pas été réutilisé depuis ; les vestiges sont donc restés fossilisés depuis mille ans sans que personne n'ose coloniser l'espace. Cela dénote la pérennité d'un pouvoir foncier très fort, que seuls de grands notables ou une institution religieuse ou publique ont été à même de sauvegarder. Lentement, peut-être après la Révolution, les habitants de Betz ont finalement oublié l'origine de celle-ci, pourtant côtoyée quotidiennement. Après mille ans, alors que la commune restructurait le centre du village par la construction d'un parking, le passé féodal a ressurgi. Cinquante ans plus tard, on se rend compte que ce passé, riche et complexe, mérite des mesures de conservation. Afin de mieux le comprendre, les nombreuses hypothèses émergeant du diagnostic archéologique nécessiteraient d'être éclaircies ou précisées par d'autres études.


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